Thomas Préat Crédits : ESPCI ParisTechBiologiste, spécialiste de la mémoire chez la mouche drosophile, Thomas Préat est l’un des rares chercheurs français élus en 2012 par l’European Molecular Biology Organisation (EMBO). L’EMBO ? Cette prestigieuse organisation scientifique européenne sélectionne tous les ans la fine fleur de la recherche en sciences de la vie selon un processus particulièrement vertueux. Une telle élection souligne l’excellence des travaux menés par le directeur du laboratoire de Neurobiologie à l’ESPCI ParisTech et lui ouvre de nouvelles perspectives.
Un organisme renommé
L’EMBO a été créée en 1964 pour promouvoir la biologie moléculaire en Europe. Le but de cette organisation : aider de nouvelles générations de chercheurs à produire des résultats scientifiques de très haut niveau, faire progresser leur réputation internationale et assurer leur mobilité. Pour cela, l’EMBO propose cours, ateliers, conférences, édite des revues scientifiques. Elle élargit désormais son domaine d’expertise pour se tenir à l’avant-garde des recherches en sciences de la vie.
Transparence et excellence : deux mots clés pour une élection
Le processus d’élection défini par l’EMBO privilégie l’excellence des travaux et vise à neutraliser d’autres critères plus "politiques". Pourquoi recruter des scientifiques ? "Nous bénéficions, grâce à ces chercheurs d’exception, d’idées neuves et de contributions pertinentes" précise Maria Leptin, directrice.
Le recrutement se déroule en deux temps : nominations et élections.
1 - Nominations : chaque membre de l’organisation sélectionne deux chercheurs en se fondant exclusivement sur la qualité de leurs travaux. Il présente alors leurs candidatures pour devenir membres. Cette sélection est effectuée anonymement.
Quatre autres membres de l’organisation examinent alors ces deux candidatures et rendent leur avis au bureau de l’EMBO. Le règlement est strict : trois des cinq membres impliqués dans l’examen d’une candidature doivent résider dans un autre pays que celui du nominé potentiel.
2 - Elections : les candidats ainsi nominés sont ensuite départagés par un vote auquel participent tous les membres de l’EMBO. 60 % des meilleures candidatures sont retenues par le collège des membres. Les 40 % restants sont choisis par l’assemblée – restreintes – des membres du Conseil de l’EMBO.
17 pays représentés,
13 femmes élues,
48 membres issus de l’Union,
7 membres associés, issus de nations extra européennes,
1550 scientifiques membres de l’EMBO.
Fier d’être élu !
Thomas Préat dirige un laboratoire dont la fréquence de publication et le très haut niveau de recherche lui valent aujourd’hui une reconnaissance internationale. Elu dès le premier tour (collège des membres) et au terme de sa toute première sélection, Thomas Préat rejoint le groupe des chercheurs élus en 2012 : seules 55 personnes ont été retenues parmi… 3000.
"Je suis très fier de devenir membre de l’EMBO" reconnait Thomas Préat. "Il s’agit d’un organisme scientifique international qui jouit d’un grand prestige, lié au laboratoire européen de Biologie moléculaire (EMBL), centre de recherche situé à Heidelberg et dont les résultats forcent le respect depuis très longtemps. L’EMBO édite aussi un journal d’excellente qualité" souligne-t-il.
Sur un plan plus humain, Thomas Préat est heureux d’être ainsi reconnu. "Je suis honoré par mes pairs, bien que je ne sois pas particulièrement impliqué dans les réseaux professionnels, et cela me touche. Je trouve que c’est une distinction vertueuse, à l’échelle européenne et au terme d’un processus transparent : l’anonymat des sélectionneurs évite vraiment les mauvais côtés de la cooptation. Et puis, je suis flatté de rejoindre d’autres chercheurs dont j’admire les résultats."
Un atout pour le labo
Etre élu membre de l’EMBO est une récompense honorifique mais qui requiert une certaine implication. Ce qui va changer ? "Une petite partie de mon emploi du temps" explique Thomas Préat. "Très concrètement, cela va m’amener à examiner des dossiers de candidature, à attribuer des bourses à de jeunes chercheurs au nom de l’organisation. Je participerai régulièrement au congrès annuel."
Une reconnaissance qui devrait aussi rejaillir sur le labo tout entier. "J’espère que cela nous aidera à convaincre de jeunes talents de venir travailler avec nous. Peut-être que cela augmentera nos chances de décrocher un financement européen."
A lire page suivante : comment Thomas Préat et son équipe ont mis en évidence le fonctionnement de la mémoire chez la mouche drosophile qui, comme l’homme, dispose d’une mémoire à court terme et d’une mémoire à long terme.
En ligne de mire : la maladie d’Alzheimer.
A la découverte de la mémoire
L’élection de Thomas Préat fait suite à la parution de trois articles importants émanant du laboratoire de Neurobiologie, articles publiés dans les revues Neuron et Nature Neuroscience.
Au cœur de ces travaux : la compréhension du fonctionnement de la mémoire chez la mouche drosophile qui, comme l’homme, dispose d’une mémoire à court terme et d’une mémoire à long terme. En ligne de mire : la maladie d’Alzheimer.
"Nous savons que la mémoire se forme dans les , soit 2000 neurones sur les 100 000 que contient le cerveau de la mouche. Ces 2000 neurones abritent le siège de la mémoire olfactive à long terme et à court terme. L’homme aussi ne retient pas tout. Le cerveau doit trier, décider de ce qui est stocké pour toute la vie ou pour quelques heures."
1994 : Recrutement au CNRS Chargé de Recherche 1ère classe et création d’une équipe ATIPE (Institut Alfred Fessard, CNRS, Gif-sur-Yvette)
2004 : Directeur de Recherche 1ère classe au CNRS
2005 : Lauréat de la Fondation Schlumberger pour l’Enseignement et la Recherche
2006 : Lauréat de la Fondation Schueller-Bettencourt (Programme « Coup d’élan pour la recherche francaise »)
2006 : Directeur du Laboratoire "Gènes et Dynamique des Systèmes de Mémoire" à l’ESPCI
2012 : Directeur du Laboratoire de Neurobiologie CNRS-ESPCI, élu Membre de l’EMBO
Quatre neurones clés
"Nous avons compris, grâce à nos travaux, le mécanisme qui permet de trier les informations retenues pour quelques heures ou pour toute la vie de l’animal. Surprise : seules deux paires de neurones contrôlent ce tri. Si on les bloque, il n’y a plus de mémoire à long terme. Si on les active par méthode génétique, la mémoire à long terme est favorisée. Ces deux paires de neurones secrètent de la dopamine irriguant 400 neurones situés dans les ."
"Quand la mouche est présentée une fois à un stimulus olfactif, sa mémoire à court terme est mobilisée. Pour solliciter la mémoire à long terme, la mouche subit cinq présentations - à différents moments - associées à un léger choc électrique.
Nous avons découvert que la dopamine est libérée plus rapidement et plus régulièrement, et à une cadence particulièrement précise, au cours des cinq présentations - même espacées - aux stimulus".
L’ESPCI ParisTech facilite les découvertes
Pour Thomas Préat, « ces résultats sont le fruit de recherches menées grâce au soutien de l’Ecole. Nous avons la chance de bénéficier sur place d’un , utilisé dans mon équipe à plein temps. Sans l’Ecole et le soutien financier de la Ville de Paris, nous ne figurerions très probablement plus parmi les leaders mondiaux de l’étude du cerveau de la drosophile !"
Au-delà de la dotation matérielle, la culture de l’interdisciplinarité, caractéristique de l’établissement, est un atout. "Nous travaillons aussi avec des physiciens et parmi eux, je veux citer Pierre-Yves Plaçais, jeune post doctorant. Il a réussi à mettre en évidence les oscillations des deux paires de neurones dopaminergiques qui sont au cœur de notre dernière publication."
Référence :
Plaçais, P.-Y., Trannoy, S., Isabel, G., et al. (2012). Slow oscillations in two pairs of dopaminergic neurons gate long-term memory formation in Drosophila. Nature Neurosci, 15(4) : 592-599.
A consulter :
Le site de l’EMBO
Le site de l’EMBL
Le site du laboratoire de Neurobiologie
Le site du laboratoire Gènes et dynamique des systèmes de mémoire
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